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Extraits
de "Saint Jacques en Bretagne"
.... ci-dessous
le texte d'introduction, de Jean Roudier, présentant pour
chaque département breton sa spécificité
dans l'inventaire jacquaire, illustré par une planche ou
extrait de planche en couleur du livre.
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Les
Côtes d'Armor : Ce département est le premier à se
présenter dans l'ordre alphabétique, mais il se révèle être aussi
le premier pour les manifestations du culte jacquaire. Il ne faut
pas s'arrêter au nombre de sites ou d'objets, domaine dans lequel
il occupe d'ailleurs une honorable deuxième place, mais plutôt
voir la qualité des représentations du saint que l'on a pu y trouver.
Sur les trois sites où vie et légende de saint Jacques sont présentées
en "bande dessinée " il en possède deux : Belle-Isle-en-Terre
et Merléac.
D'autres sites regroupent aussi de nombreuses représentations
du saint : statues, bas-reliefs, verrières, bannières, et certains
voient refleurir des pardons.
Il possède neuf statues sur les treize qui présentent, en Bretagne,
Saint Jacques en majesté. Encore faut-il ajouter que les trois
statues du Poudouvre sont apparentées à la seule détenue en Ille-et-Vilaine,
qui provient à l'évidence du même atelier.
Regroupant les anciens évêchés de Saint-Brieuc et de Tréguier
et une partie de celui de Saint-Malo, il illustre d'ouest en est
ce que nous avons remarqué pour l'ensemble de la Bretagne. Nombreux
à l'ouest, les porches des apôtres se raréfient dans la région
de Saint-Brieuc et disparaissent plus à l'est. La douzaine de
porches recensés accroît le décompte des représentations du saint,
mais pas celui du culte spécifique à Saint Jacques de Galice.
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Le
Finistère : Deuxième dans l'ordre d'apparition alphabétique,
le Finistère se place, de loin, en tête du classement quantitatif
avec ses 123 communes " jacquaires " et 40 % des représentations
du saint... Mais cette suprématie doit être atténuée par l'expression
du culte à Saint Jacques de Galice.
En effet, les Finistériens sont essentiellement restés fidèles
à leurs saints fondateurs et, malgré la réforme grégorienne, ont
rechigné à débaptiser leurs églises au profit de saints de l'Église
universelle. Nous n'avons pu recenser que deux fondations d'églises
au début du Moyen Âge et un nombre dérisoire de chapelles. Il
est vrai que les ducs de Bretagne ont privilégié en Cornouaille
les Cisterciens et les chevaliers hospitaliers, qui ont couvert
l'évêché de Cornouaille (et même celui du Léon) de " chapelles
Saint-Jean ". Les Templiers, dévots de saint Jacques, n'ont eu,
semble-t-il, que l'enclave doloise de Locquirec.
Le " phénomène " des enclos paroissiaux a placé Saint Jacques
quatre-vingt-huit fois dans le collège des apôtres (sur cent cinquante-cinq
représentations recensées). Bien qu'il y soit (presque) toujours
vêtu en pèlerin, il ne bénéficie pas là d'un culte particulier.
Le Finistère est ainsi ramené en troisième position derrière les
Côtes-d'Armor et le Morbihan.
Les nombreux pardons et processions ont engendré au XVII° siècle
de très nombreuses croix de procession et calices comportant des
apôtres, dont saint Jacques, qui figure seul sur la croix de Pleuven.
Il faut quand même citer Spézet dont la chapelle, vouée à Notre
Dame, est l'une des trois chapelles bretonnes à présenter
- en images - la légende de Galice.
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L'Ille-et-Vilaine
: Troisième à se présenter dans l'ordre alphabétique, l'Ille-et-Vilaine
occupe la cinquième place pour le nombre total d'évocations de
saint Jacques (101), mais elle se trouve en deuxième position,
derrière la Loire-Atlantique et devant les Côtes-d'Armor pour
le nombre (39) et la précocité des fondations au nom du saint.
Il est vrai que les anciens évêchés de Rennes (d'origine gallo-romaine)
et de Dol (d'origine bretonne, mais sur un territoire auparavant
gallo-romain), situés dans le département, ne pouvaient que bien
accueillir Saint Jacques, soit au titre de l'église universelle,
soit en tant que patron des Templiers auxquels l'évêque-comte
de Dol a fait bon accueil.
Le déficit en statues, comme il a été évoqué précédemment, s'explique
par les nombreux combats et les différentes exactions dont le
département a été victime.
Il faut ajouter que l'évêché de Rennes, notamment, était un carrefour
de chemins de pèlerinage vers la Bretagne intérieure (Saint-Méen),
la frontière normande (le Mont-Saint-Michel) et "au long cours
", tels Compostelle, Rocamadour, Jérusalem et Rome (le moins cité
dans les sources consultées). Avant 1720, la présence de Saint
Jacques était multiple à Rennes, comme le montre l'étude, mais
nous ne rencontrons pas dans ce département de grands sites jacquaires
comparables à ceux des départements précédents.
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Le
Morbihan : Ce département occupe la quatrième place tant
par le nombre des représentations de Saint Jacques que pour les
fondations. Nous n'avons trouvé aucune explication savante pour
cet état de fait.
L'évêché de Vannes, dont l'étendue correspondait à peu près au
département actuel, était pourtant situé au Moyen Age sur un axe
important, joignant Nantes à Quimper et offrant des itinéraires
est-ouest variables selon les époques. Les points de passage de
la Vilaine et les itinéraires qui y menaient ont accueilli de
nombreuses fondations, églises, prieurés, chapelles, aumôneries
ou autels au nom de Saint Jacques. Les autres se sont répartis
sur un axe nord-sud de Cléguérec à Vannes, avec deux sites riches
en présence jacquaire : Cléguérec et Baud.
Les porches ou groupes d'apôtres sont rares et tous situés à l'ouest
d'une ligne reliant Vannes à Pontivy. Nous avons noté le même
fait dans les Côtes-d'Armor, et l'on peut penser qu'il y a eu
là une concurrence entre les traditions bretonnes et gallo-romaines.
Il faut enfin citer Sarzeau avec son village de Saint-Jacques,
héritier des Templiers, ses nombreux lieux-dits et sa chapelle
frairienne où le culte se célèbre toujours.
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La
Loire-Atlantique : Avant-dernier département à avoir fait
l'objet de nos recherches, la Loire-Atlantique nous a réservé
la surprise de nous fournir une source prolifique avec les travaux
de l'abbé Grégoire qui nous livre 60 fondations au nom de saint
Jacques, plaçant ainsi ce département largement en tête dans ce
domaine. Il convient cependant d'atténuer l'impact de ce résultat
en considérant qu'il est obtenu grâce aux 23 autels ou chapellenies
répertoriés par l'abbé Grégoire, alors que les autres départements
ne nous en offrent que quelques unités. Les autres domaines
sont moins riches, les soixante-trois représentations du saint
lui font cependant devancer le Morbihan et surtout l 'Ille-et-Vilaine,
en queue du peloton; et l'absence de croix ou calvaire, le faible
nombre de fontaines montre que nous sommes en limite de zone d'influence
bretonne.
En revanche, nous nous trouvons là dans une zone parcourue par
des pèlerins, sans doute vers Saint-Méen et le Mont-Saint-Michel,
mais surtout vers la Galice, car les références au pèlerinage
de Compostelle y sont monnaie courante et les aumôneries nombreuses.
Pas de grands sites jacquaires comparables à ceux du Finistère
ou des Côtes d'Armor, malgré le quartier Saint-Jacques de Pirmil
à Nantes ou le quartier Saint-Jacques de Clisson.
Nous noterons cependant que, dans le cadre de la réorganisation
des paroisses du début du XXI° siècle, Saint-Jacques-sur-Loire
a vu le jour en réunissant les paroisses de Cheix-en-Retz, Le
Pellerin et Saint-Jean-de-Boiseau à la demande des paroissiens,
en souvenir du pèlerinage.
En conclusion, nous dirons que ce département joue à la fois un
rôle charnière avec les pays de tradition gallo-romaine et un
rôle de plaque tournante pour les pèlerinages, avec la Loire comme
fil directeur pour amener les pèlerins jusqu'à Nantes d'où ils
pouvaient se disperser vers le nord, l'ouest ou le sud, par voie
terrestre ou maritime.
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